Le cadeau empoisonné du gouvernement à l’Alsace ?

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Communiqué de Virginie Joron, conseillère régionale, Présidente du groupe RN Alsace Champagne-Ardenne Lorraine.

La ministre Jacqueline Gourault a récemment confirmé sur Europe 1, puis France Bleu Alsace la fusion des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin à l’intérieur du Grand Est, ainsi que la dévolution de "compétences particulières" (transférées par l’État) dans les domaines du transfrontalier et de « l'identité ». Est-ce la fin de ce que la presse a nommé le « malaise alsacien » et que le gouvernement a qualifié de « Désir d’Alsace » ? Rien n’est moins sûr. A maints égards, ce réaménagement institutionnel est marginal : il s’apparente surtout à un cadeau empoisonné, une manière d’étouffer les nombreux déséquilibres issus des lois de régionalisation et de métropolisation, c’est-à-dire d’une vision centralisatrice de la décentralisation.

Après avoir missionné le Préfet Marx, puis la sous-ministre (devenue ministre) Jacqueline Gourault en Alsace pour trouver un compromis avec les élus, le gouvernement a trouvé une expression pour minimiser un malaise qui résulte des conséquences de la loi NOTRe (et des lois précitées), le réduire et l'assimiler à un caprice local : il faudrait répondre au « désir d'Alsace ». On le voit, cette manière de mettre l'accent sur une région (parmi les trois concernées à l'intérieur du Grand Est) et concentrer sur elle toute l'attention et les égards permet de ne pas parler du désarroi de la majorité des communes et départements en Lorraine et Champagne-Ardenne. Au contraire, cette focalisation sur le dossier alsacien a permis de faire un feuilleton très distrayant, qui a particulièrement bien fonctionné pour étouffer ou refouler au second plan de nombreux thèmes d'actualité qui pointent les failles de notre organisation territoriale actuelle : nous pensons aux prévisions alarmantes de baisse des transferts de l'UE à partir de 2021, annoncées dès juin dernier, à l'absence de débats sur certains rapports qui sont sortis chez nos voisins immédiats, outre-rhin, sur la hausse de la criminalité et des incivilités liées à l'immigration, alors que la circulation avec nos régions est ouverte, etc..

Ainsi, avec la création de cette nouvelle collectivité Alsace, le gouvernement pense clore, par le cadeau d'un transfert de compétences et d'un peu de moyens, le dernier grand blocage issu de la loi NOTRe : ils sont en passe de réussir puisqu'il n'est plus question nulle part que la région Grand Est soit remise en question, ni sur ses compétences, ni sur son périmètre. Mais le cadeau du gouvernement aux Alsaciens ressemble plutôt à un cadeau empoisonné, qui agace les autres régions administrées par le Grand Est et surtout ne règle rien ni aux déséquilibres entre les territoires qui se creusent à vitesse grand V, ni à la trop grande concentration des pouvoirs dans les métropoles régionales.

Le "Désir d'Alsace" est une expression faussement timide, qui assimile à un caprice ce qui est en réalité un manque de moyens, celui de nos collectivités locales, et un manque de respect, celui que nos concitoyens ressentent comme citoyens de seconde zone, car leur dignité et leur identité sont de moins en moins respectées. Seuls les élus du RN proposent des solutions sérieuses et adaptées pour résoudre ces déséquilibres : le processus de centralisation des pouvoirs régionaux peut être inversé en adoptant une politique de partage des compétences régionales avec nos départements et communes en difficulté.